Protection de l’environnement, accès à une alimentation saine, santé mentale des jeunes : autant de problèmes qui touchent directement les femmes africaines et appellent des solutions adaptées aux réalités locales. Face à ces enjeux, des femmes choisissent de ne pas rester spectatrices. Elles s’organisent, mobilisent les acteurs.trices de leur territoire et développent des initiatives pour contribuer à des changements concrets.
C’est notamment le cas de six groupes de femmes lauréats issus du programme Mínɔ̀ 2026 de PLACE for Africa. Lauréates du Challenge de subvention de mini-projets, Vehivavy Mihary (Madagascar), Eco’Femmes (Bénin), Winners 229 (Bénin), HEMLE (Cameroun), N’GNÉLENI (Mali) et PLURI’ELLES (Bénin) ont entrepris de transformer leurs idées en projets communautaires. Entre rencontres avec les acteurs locaux, mobilisation des populations et plusieurs activités de terrain, leurs initiatives prennent progressivement forme.
Pour rappel, le programme Mínɔ̀ 2026 est une initiative de renforcement des capacités des femmes noires d’Afrique francophone, lancée depuis 2021. Il vise à développer leurs compétences en conception, rédaction, planification et gestion de projets, afin de renforcer leur leadership et leur capacité à porter des initiatives concrètes au sein de leurs communautés. Le programme est porté par PLACE for Africa, avec le soutien de MeineWelt et de l’initiative Black Academy.
Dans la suite de cet article, vous découvrirez comment cette volonté d’agir se traduit concrètement sur le terrain, à travers les initiatives de Vehivavy Mihary en faveur de l’agriculture biologique à Madagascar, les actions d’Eco’Femmes contre la pollution plastique à Parakou, le projet de Winners 229 consacré à la sensibilisation des jeunes à la dépression et à la santé mentale, l’accompagnement entrepreneurial et numérique porté par HEMLE au Cameroun, ainsi que les initiatives de N’GNÉLENI et de PLURI’ELLES en faveur de la santé sexuelle et reproductive, de la dignité menstruelle et de l’inclusion. Six initiatives qui, chacune à leur manière, témoignent de l’engagement de ces femmes à apporter des solutions aux défis rencontrés dans leurs communautés.
I. Une agriculture biologique qui rapproche les producteurs des consommateurs au Madagascar
Favoriser l’accès des familles à une alimentation saine tout en créant des débouchés économiques pour les agriculteurs locaux : c’est le défi que souhaite relever Vehivavy Mihary, un groupe de 16 femmes malgaches, lauréat du deuxième Prix spécial du Challenge de subvention de mini-projets Mínɔ̀ 2026.
Leur initiative repose sur la création d’une coopérative de collecte et de revente de légumes biologiques, destinée à rapprocher les producteurs maraîchers des familles. L’ambition est double : encourager une consommation de produits sains et développer un circuit commercial structuré, profitable aux producteurs locaux.
Pour poser les bases de ce projet, les membres du groupe ont effectué plusieurs visites auprès de producteurs maraîchers. Ces déplacements leur ont permis de découvrir les exploitations, de mieux comprendre les pratiques culturales et d’évaluer les capacités de production des différents acteurs rencontrés.

À l’issue de cette première étape du projet, des producteurs/trices partenaires ont été sélectionnés en vue de l’établissement de contrats de production de légumes biologiques. Ces accords envisagés doivent permettre de sécuriser l’approvisionnement de la future coopérative et de construire des relations commerciales durables.
Au-delà de la commercialisation des légumes, le projet entend ainsi contribuer à une agriculture plus respectueuse de l’environnement, tout en offrant de nouvelles perspectives économiques aux producteurs partenaires.
Ces premières démarches constituent une étape importante vers la mise en place d’un circuit de distribution qui associe alimentation saine, entrepreneuriat féminin et valorisation de la production locale.
II. Réduire la pollution plastique et promouvoir des alternatives réutilisables au nord Bénin (Parakou)
À Parakou, au nord du Bénin, la gestion des déchets plastiques constitue un autre défi auquel des femmes ont décidé de s’attaquer. Avec son projet de promotion des alternatives écologiques aux sachets plastiques, Eco’Femmes, lauréate du deuxième prix du Challenge Mínɔ̀ 2026, associe sensibilisation environnementale, mobilisation communautaire et autonomisation économique des femmes.
L’initiative vise notamment à sensibiliser 100 femmes aux conséquences de la pollution plastique et à les former à la fabrication de sacs réutilisables, afin de favoriser l’adoption d’alternatives plus durables.
Avant le lancement des activités, les membres du groupe ont multiplié les rencontres avec les responsables communautaires et les acteurs locaux notamment Délégué quartiers, Chefs d’Arrondissement et Responsables chargés de l’Hygiène et assainissement du ministère de cadre de vie à Parakou. À Banikanni, par exemple, des échanges ont eu lieu avec M. Lawani Taïbou Mohammed, représentant du délégué de quartier, et M. Zibrila Boukari Amidou, délégué de Banikanni Eni (Arafat), afin de présenter le projet et de faciliter la mobilisation des populations.
Une rencontre avec le responsable opérationnel de l’antenne de la SGDS-SA (Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité) à Parakou a également permis d’aborder l’organisation d’une opération de collecte des déchets plastiques. À Alaga, le soutien du délégué de quartier et l’implication des associations de femmes ont contribué aux préparatifs, notamment grâce à la mise à disposition d’un espace pour les activités.

Ces démarches ont débouché sur une première intervention concrète, organisée les 17 et 18 octobre 2026 dans les quartiers d’Alaga et de Banikanni.
Les résultats ont dépassé l’objectif initial de sensibilisation :
- 116 femmes sensibilisées, contre 100 initialement prévues ;
- 197 kg de déchets plastiques collectés, dont 112 kg à Alaga et 85 kg à Banikanni.

Ces chiffres traduisent une mobilisation communautaire encourageante et témoignent de la capacité des participantes à fédérer les populations autour d’un enjeu environnemental commun.
Mais le projet ne se limite pas à la sensibilisation et au ramassage des déchets. Une deuxième phase prévoit une formation pratique à la fabrication de sacs réutilisables. Cette activité doit permettre aux femmes participantes d’acquérir un savoir-faire susceptible de contribuer à la réduction de l’utilisation des sachets plastiques, tout en ouvrant des perspectives d’activités génératrices de revenus.
À travers cette démarche, Eco’Femmes cherche ainsi à faire de la protection de l’environnement un levier d’apprentissage, de participation citoyenne et d’autonomisation économique.
III. Briser les tabous autour de la dépression et de la santé mentale des jeunes au nord du Bénin
Si la protection de l’environnement et l’alimentation saine occupent une place importante dans le développement des communautés, le bien-être psychologique constitue un enjeu tout aussi essentiel. Chez les jeunes, la méconnaissance des troubles de santé mentale et les préjugés associés à la dépression peuvent freiner la recherche d’informations et d’accompagnement.
C’est à cette problématique que souhaite répondre Winners 229, un groupe de femmes béninoises ayant remporté le troisième prix du Challenge de subvention de mini-projets Mínɔ̀ 2026.
Leur projet vise à sensibiliser 50 jeunes âgés de 15 à 35 ans dans le nord du Bénin à la dépression, à ses manifestations et aux possibilités de prise en charge. L’objectif est de favoriser une meilleure compréhension de la santé mentale, de déconstruire les idées reçues et d’encourager un dialogue ouvert sur un sujet encore entouré de préjugés.
Pour préparer cette intervention, les participantes ont engagé des démarches auprès de plusieurs acteurs institutionnels et professionnels.
Elles ont notamment rencontré Mme Assanatou TCHEDRE, psychologue au Centre hospitalier départemental (CHD) de Parakou, afin de recueillir ses orientations et de renforcer la pertinence des contenus de sensibilisation. Le projet a également été présenté au troisième adjoint au maire de Parakou, dans une démarche de dialogue avec les autorités locales.

Parallèlement, les membres du groupe pilote, Elisabeth, Elvina, Faridatou, Immaculée, Romaine et Madaariath, ont organisé des réunions de travail pour préciser les responsabilités, préparer la mobilisation des jeunes et finaliser les aspects logistiques des formations à venir.

Ces préparatifs doivent aboutir à une première activité de terrain prévue le 31 octobre 2026. Elle permettra d’aborder la reconnaissance des signes de la dépression, la lutte contre la stigmatisation et l’importance de rechercher un accompagnement adapté.
En plaçant la santé mentale au cœur de leur engagement, les membres de Winners 229 rappellent que le développement des communautés ne se mesure pas uniquement aux progrès économiques ou environnementaux, mais aussi à l’attention portée au bien-être des personnes.
IV. Accompagner les femmes vulnérables vers l’autonomie économique grâce à l’entrepreneuriat et au numérique au Cameroun
À Yaoundé, au Cameroun, les difficultés d’accès à l’accompagnement entrepreneurial, aux compétences numériques et aux ressources financières constituent des obstacles au développement des activités économiques de nombreuses femmes vulnérables.
Pour contribuer à lever ces freins, HEMLE, groupe lauréat du premier prix du Challenge de subvention de mini-projets Mínɔ̀ 2026, porte un projet de plateforme numérique inclusive destinée à accompagner les femmes vulnérables dans le développement de leurs micro-projets.
L’initiative vise à identifier et sensibiliser au moins 200 femmes aux opportunités de l’entrepreneuriat, de l’éducation financière et du numérique, puis à accompagner 20 porteuses de micro-projets vers la consolidation et la rentabilité de leurs activités économiques.
Pour donner vie à ce projet, les membres du groupe ont engagé un processus d’identification et de sélection des femmes souhaitant bénéficier d’un accompagnement en entrepreneuriat, compétences numériques, mentorat, promotion de leurs activités et réseautage.
Les prochaines étapes prévoient des séances de sensibilisation à l’entrepreneuriat, à l’éducation financière et au numérique, ainsi que la sélection de cinq micro-projets qui bénéficieront d’un appui financier ou d’un kit matériel.
En parallèle, HEMLE prévoit de concevoir et de développer une plateforme numérique inclusive de financement participatif, destinée à faciliter l’accompagnement et le financement des initiatives entrepreneuriales portées par ces femmes.
À travers ce projet, HEMLE entend faire du numérique et de l’accompagnement entrepreneurial des leviers d’autonomisation économique pour les femmes vulnérables.
V. Sensibiliser les jeunes filles à la santé sexuelle et reproductive pour briser les tabous au Mali
Au Mali, les tabous entourant la santé sexuelle et reproductive peuvent limiter l’accès des jeunes filles à une information adaptée, entretenir certaines idées reçues et freiner le recours aux services d’accompagnement.
C’est à cette problématique que souhaite répondre N’GNÉLENI, groupe lauréat du deuxième Prix spécial du Challenge de subvention de mini-projets Mínɔ̀ 2026, à travers son projet KUNU SIRA, consacré à la sensibilisation des jeunes filles à la santé sexuelle et reproductive.
Pour concrétiser cette ambition, le groupe prévoit d’organiser, le 14 novembre 2026, une causerie éducative destinée à 100 jeunes filles âgées de 13 à 24 ans.
Cette rencontre permettra d’aborder les bonnes pratiques en matière de santé sexuelle et reproductive, les droits des jeunes filles ainsi que les possibilités d’orientation vers les services compétents en cas de besoin. Elle offrira également aux participantes un cadre d’échanges pour poser leurs questions et trouver des réponses à leurs préoccupations.
À travers cette initiative, N’GNÉLENI entend contribuer à briser les tabous, à renforcer les connaissances des jeunes filles et à les encourager à faire des choix éclairés concernant leur santé et leur bien-être.
VI. Promouvoir la dignité menstruelle et l’inclusion des jeunes filles en situation de handicap au Bénin
L’accès à une information adaptée sur la santé menstruelle et à des produits d’hygiène constitue un enjeu de dignité pour les jeunes filles, particulièrement celles en situation de handicap, qui rencontrent des difficultés supplémentaires pour accéder à des ressources adaptées à leurs besoins.
Face à cette réalité, PLURI’ELLES, groupe lauréat du Prix de l’engagement du Challenge de subvention de mini-projets Mínɔ̀ 2026, porte une initiative en faveur de la dignité menstruelle et de l’inclusion.
Dans ce cadre, le groupe prévoit d’organiser, le 17 novembre 2026, au Centre de Formation Professionnelle des Personnes Handicapées d’Akassato, à Abomey-Calavi, une activité destinée à 20 jeunes filles en situation de handicap.
Cette intervention comprendra un atelier de sensibilisation accompagné d’une distribution de kits d’hygiène menstruelle. Elle permettra aux participantes de mieux comprendre leur corps, de connaître leurs droits et d’adopter des pratiques d’hygiène menstruelle saines, écologiques et adaptées à leurs besoins.
En amont de l’activité, les participantes ont pris contact avec plusieurs structures et personnes ressources afin de mieux préparer leur intervention.
Elles se sont notamment rapprochées des responsables du Centre de Formation Professionnelle des Personnes Handicapées (CFPPH) d’Akassato pour obtenir les autorisations nécessaires, recueillir leurs recommandations et mieux comprendre les besoins concrets des pensionnaires en matière de dignité menstruelle. Ces échanges ont permis d’adapter davantage les messages et contenus de sensibilisation au contexte du centre.
À travers cette initiative, PLURI’ELLES souhaite contribuer à une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des jeunes filles en situation de handicap et promouvoir une dignité menstruelle accessible à toutes.

De la formation à l’action : Mínɔ̀ comme tremplin d’initiatives communautaires
Malgré la diversité de leurs domaines d’intervention, Vehivavy Mihary, Eco’Femmes, Winners 229, HEMLE, N’GNÉLENI et PLURI’ELLES partagent une même ambition : apporter des réponses concrètes à des besoins identifiés dans leurs communautés.
Leurs démarches illustrent également l’importance des compétences développées au cours du programme Mínɔ̀ 2026, notamment en matière de conception de projets, de planification, de mobilisation des partenaires, de gestion des ressources et de travail collectif.
Les six groupes avancent à des rythmes différents. À Madagascar, Vehivavy Mihary structure progressivement son réseau de producteurs partenaires. À Parakou, Eco’Femmes a déjà réalisé une première phase d’activités et prépare la formation pratique des participantes. De son côté, Winners 229 finalise les préparatifs de son intervention consacrée à la santé mentale des jeunes.
Au Cameroun, HEMLE travaille à l’identification des femmes vulnérables porteuses de micro-projets, en vue de leur proposer un accompagnement entrepreneurial et numérique. Au Mali, N’GNÉLENI prépare une causerie éducative sur la santé sexuelle et reproductive à destination de 100 jeunes filles, tandis qu’au Bénin, PLURI’ELLES organise une activité de sensibilisation et de distribution de kits pour 20 jeunes filles en situation de handicap.
Ces initiatives montrent que l’engagement féminin peut prendre des formes multiples : faciliter l’accès à une alimentation saine, protéger l’environnement, contribuer à lever les tabous sur la santé mentale, favoriser l’autonomisation économique ou encore défendre les droits des jeunes filles en matière de santé sexuelle, reproductive et menstruelle.
À travers le Challenge de subvention de mini-projets Mínɔ̀ 2026, PLACE for Africa et ses partenaires MeineWelt e.V. et Black Academy poursuivent ainsi leur ambition de renforcer les capacités des femmes et de les accompagner dans la transformation de leurs idées en actions au service des communautés.




